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LES AMIS COMTOIS DES MISSIONS CENTRAFRICAINES

L’ACMC est une ONG franc-comtoise
Siège: 6 Rue du Palais 25000 BESANCON

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FEUILLE DE MANIOC N°2


Michelle Onimus, 
Le 4 Décembre 2009, de retour de Mission chirurgicale à Bangassou et Bangui…



Rotule et fil de pêche


A la consultation réservée en principe aux enfants, arrivent toujours quelques adultes. Cette fois-ci nous les recevons plus volontiers à cause de la présence avec nous du Docteur Maximo Segura, chirurgien orthopédiste espagnol de Cordoba.
Aujourd’hui arrive Gustave, âgé de 55 ans. il s’est cassé la rotule il y a six mois, et marche avec une canne anglaise. Michel et Maximo feraient bien un haubanage de la rotule, mais ils n’ont ni broches ni fils métalliques. L’intervention est donc programmée pour la prochaine mission, dans un an.
C’est alors que Maurice, le médecin du Centre, intervient et dit : «Quand on n’a pas de cheval, on prend un âne!» Michel ne voit pas d’alternative au matériel orthopédique habituel, et demande ce qu’on fait si on n’a pas même un âne. Le Docteur Maurice ne se démonte pas : «Pour remplacer le fil métallique de cerclage, on pourrait aller au marché acheter un mètre de gros fil de pêche. C’est très résistant, imputrescible, on pourra le stériliser et trouver une très grosse aiguille…»
Ce qui fut fait, et Gustave fut opéré deux jours après. Rendez-vous dans la feuille de manioc de Décembre 2010 pour avoir de ses nouvelles!



Match de foot France-Irlande à Bangassou


Ce soir, l’abbé Fidèle, bras droit de l’évêque, arrive en retard au repas. Il s’en excuse, très volubile.
Voilà : le soir du match France-Irlande, il y a deux jours, impossible à Bangassou d’avoir les images du match à la télévision. S’ensuivent des explications techniques détaillées et incompréhensibles pour moi sur la parabole, la carte, les connexions…. Il paraîtrait que l’opérateur ait modifié le décodeur. Tout marche, mais, dit l’abbé Fidèle, le décodeur ne reconnaît rien. Haro donc sur l’opérateur, qui aurait fait exprès de changer le décodeur juste avant la date du fameux match, pour obliger ses clients à acheter à Bangui (à 12 heures de voiture) le nouveau décodeur, vendu avec la parabole dont l’abbé Fidèle n’a nul besoin. On compatit, on s’indigne… On attend le prochain repas pour la suite du feuilleton.
On apprend enfin avec soulagement que tout va bien : un réglage minutieux de l’antenne-relais a tout arrangé. La communauté de l’évêché de Bangassou va de nouveau vibrer aux essais de joueurs en n’importe quel coin de la planète!



Une femme poète en brousse, à Bangassou


Le petit déjeuner est un moment agréable, il fait encore frais, et on bavarde. Ce matin-là, l’abbé Abel est avec nous et nous évoquons son ministère qu’il appelle «de consolation», à la prison et auprès des personnes en fin de vie.
Je comprends qu’il cherche à remplacer leur souffrance morale et leur révolte par quelque chose de l’ordre de l’acceptation et de l’espérance. L’abbé Abel aime la poésie, et nous parlons de la poétesse Marie NOËL et de l’un de ses recueils, Les Chansons et les Heures, Le Rosaire des joies, Gallimard, 1995. Il me dit qu’il utilise les mots de Marie Noël pour parler avec les personnes qu’il accompagne, et aussi pour prêcher le dimanche. Je me dis que l’abbé Abel fait sienne la Prière du poète, (p.114)


Mon Dieu qui donnes l’eau tous les jours à la source
    Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course,
    Et le vent galope à travers la nuit ;
…………………………………………………………………………………
Donne-moi du bonheur, s’il faut que je le chante
    De quoi juste entrevoir ce que chacun en sait,
Juste de quoi rendre ma voix assez touchante,
    Rien qu’un peu, presque rien, pour savoir ce que c’est.
…………………………………………………………………………………
Donne-m’en! Ce n’est pas, mon Dieu, pour être heureuse
    Que je demande ainsi de la joie à goûter,
C’est que, pour bercer l’homme en la cité nombreuse,
    La nourrice qu’il faut doit savoir tout chanter…



Nouvelles de la Maison des enfants des Sœurs Oblates de N.D. de Lourdes, à Bangui.


Nous sommes allés dire bonjour aux habitants de la maison des enfants. Il faisait sec et bon. On s’est assis dehors avec Sœur Pauline. Une aide baignait les plus jeunes dehors, avec une énergie qui aurait fait hurler chez nous!
Joachim marche seul maintenant, Jonathan a trois mois et nous a souri. On n’a pas vu Gaëlle, partie quelques jours chez sa tante. Marie-Tendresse, adoptée par un couple qui travaille à l’ambassade, va très bien et va aller passer Noël avec sa famille en France.
Les «grands», comme on dit, qui ont entre 7 et 9 ans je pense sont maintenant scolarisés à l’école de Sœur Noëlla, de St Paul de Chartres, qui est à environ 50 mètres de la maison. Une chance formidable. On a visité l’un des bâtiments de la concession qui a été «retapé» par les militaires français en garnison à Bangui. Ils ont aussi donné des lits pour les dortoirs, et pour les chambres des «gardiennes». Les ballots de couches, de vêtements et de chaussures ont été accueillis avec des remerciements joyeux de Sr Pauline, je vous les transmets!
Maintenant on rêve d’un projet de mobilier de la salle commune dans le bâtiment des grands, avec peut-être des petits bureaux individuels et une grande table pour jouer à plusieurs. Sœur Claude- Agnès qui nous a fait rencontrer les Oblates pourrait demander à un menuisier qu’elle connaît (à suivre). Enfin on a eu de bonnes nouvelles de la machine à laver, elle remplit son office.



En Franche Comté…


La misère dans ce pays ne recule pas… On se sent dépassé par les problèmes…
Je retrouve un livre: La chance d’un christianisme fragile, d’Albert Rouet, Editions Bayard, 2001. Et je lis: «Je n’aime guère la formule qui parle d’option préférentielle pour les pauvres. Les pauvres ne sont pas matière à option. (…) tendre vers l’égalité, respecter la dignité de tout homme…ne représentent pas une bonne œuvre facultative.» (p.152) Mais comment vivre cela ? Beaucoup de personnes et d’institutions essaient d’aider les pauvres, mais comment le faire avec justesse, en faisant plus attention aux personnes qu’aux résultats des actions entreprises. Les O.N.G. sont de plus en plus présentes dans ce pays de Centrafrique, mais la population ne se remet pas debout pour cela. A côté des projets techniques ou médicaux, pourrait-on inventer des missions de tendresse, de paroles, de beauté!...




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