LES AMIS COMTOIS DES MISSIONS CENTRAFRICAINESL’ACMC
est une ONG franc-comtoise
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Michelle Onimus,
Mars 2010, de retour de la Mission chirurgicale Février - Mars 2010 ....
SOUS LE MANGUIER DE KOKORO…
Il y a beaucoup de manguiers à Bangui, mais celui sous lequel j’ai rendez-vous est unique. C’est là que tous les Samedis après midi, dans le quartier de Kokoro, l’équipe de ATD Quart monde de Bangui installe des nattes sur le sol, et des dizaines d’enfants de tous âges se rassemblent, s’assoient, saluent Elie, Eileen, Nadège, Joachim et plusieurs jeunes du quartier, lycéens et étudiants, qui encadrent cette grande assemblée d’enfants.
Les enfants attendent, assoiffés de mots, d’images et d’amitié. Une très récente amie de Bangui, Laetitia, et moi-même participons à une séance ordinaire de la Bibliothèque de rue, mise en place ici depuis plusieurs mois par ATD Quart Monde, avec l’autorisation du Chef de quartier. Après les salutations et les présentations, les animateurs sortent de beaux livres de leur grand sac à dos et les font circuler parmi les groupes d’enfants assis sur les nattes. Les livres sont surtout des livres richement illustrés, parlant de la terre, des animaux, de l’espace, des véhicules…

Le nombre des enfants a augmenté de mois en mois. Ils empoignent les livres, caressent les images, nomment les animaux, commentent un peu. Je suis à côté de quelques petites filles de 5 ou 6 ans. L’une d’elles est très décidée, elle veut tenir seule le livre et tourner les pages.
Pour le second livre feuilleté, je fais en sorte qu’une autre enfant tienne le livre, mais je dois rester proche de la passionnée de livres, qui voudrait tout ! Il n’y a pas de désordre, chaque petit groupe est absorbé dans ses découvertes, accompagné par un animateur. Je suis bien gênée par mon ignorance du sango. J’arrive à utiliser quelques mots que je connais : ndeke, l’oiseau, mbo, le chien. Ce sont les enfants qui m’expliquent ce qu’ils voient ! J’ai la sensation qu’ils se nourrissent à regarder ces livres. Le marché est tout proche, et de nombreux adultes s’arrêtent un moment pour regarder et écouter. Tout se passe dans le calme, une sorte de sérénité, un silence comme on le vit quand on est passionné…

Aujourd’hui, je suis invitée à participer à la séance de ce Samedi 16 Janvier 2010, pour raconter une histoire. J’ai apporté avec moi un conte arabe que j’aime beaucoup : « le voleur qui ne mentait jamais ». J’ai invité Laetitia, jeune femme expatriée à Bangui, dont j’ai fait la connaissance il y a deux jours. Elle pense que je suis habituée et rodée à ce genre d’animation… Mais non ! C’est la première fois que je vais raconter une histoire en plein air, baignée par les bruits variés de la vie africaine alentour.
Flore, une jeune fille du groupe d’animation, fait la traduction en sango et, à voir les visages des enfants tournés vers nous, on comprend qu’elle reproduit parfaitement l’histoire de ce garçon qui ne voulait pas s’arrêter de voler, mais qui a promis à sa grand-mère de ne plus jamais mentir. Il est question de roi, de couronne volée, de premier ministre corrompu, et également de la tristesse de la grand-mère, du caractère décidé du garçon… et de sa "rédemption" finale.
Elie, le responsable de l’animation avait prévu des échanges avec les enfants à l’issue de cette histoire. Malheureusement ce jour-là le ciel devient violet, le vent se lève, soulevant des tourbillons de poussière, tout devient sombre en quelques minutes… C’est la dispersion rapide, juste avant le début de la pluie, soudaine, violente, un déluge... Dommage ! Mais je retournerai certainement à la Bibliothèque de rue dès que j’aurai un Samedi après midi disponible à Bangui !
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